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Bébé secoué à Poitiers : un jeune pompier condamné © La Nouvelle République

  • SCP GAND PASCOT
  • May 28, 2021
  • 3 min read

Facade du tribunal Judiciaire de Poitiers
Le tribunal judiciaire de Poitiers.© (Photo archives, NR-CP)

À Poitiers, le tribunal correctionnel a condamné un jeune pompier de Paris pour des violences sur son bébé. Une longue prise de conscience est à l’œuvre pour ce père qui a retrouvé son fils.


Le 14 juin 2016, les médecins du CHU de Tours signalent au procureur de la République de Poitiers des blessures graves sur un nourrisson de 3 mois. Un grand prématuré. Le papa, c’est Thomas, 23 ans à l’époque. Il explique avoir secoué son fils pour le stimuler après une perte de connaissance. L’affaire en reste là. Le nourrisson est remis à ses parents.


Six mois plus tard, nouveau signalement. Les blessures sont plus graves : hémorragie intracrânienne, fractures de sept côtes et du fémur, ecchymoses multiples (69 jours d’interruption totale de travail, ITT)… Et la trace d’une morsure. « Il était à croquer », avait dit le papa. L’innocente victime avait été placée quinze mois à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Il a depuis retrouvé ses parents, toujours ensemble.


"Je ne supportais pas mon enfant…"


Jeudi 27 mai 2021, c’était l’heure du procès devant le tribunal correctionnel de Poitiers pour Thomas, 28 ans. Après plus de six mois de prison et un contrôle judiciaire strict, ce militaire à la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris, originaire de Poitiers, raconte : « J’ai très mal vécu sa naissance. Il pleurait, j’étais épuisé. Je ne supportais pas mon enfant. Je m’en suis très mal occupé, je l’ai secoué, je lui ai mis la main sur le visage, je suis coupable… J’ai caché toutes ces choses à ma conjointe, j’avais peur des conséquences. »


Un temps mis en examen pour non-dénonciation de mauvais traitement, sa femme a bénéficié d’un non-lieu. Le président du tribunal, Franck Watsl-Deligne l’interroge : « Voir votre enfant pleurer de souffrance, ne vous a pas remis en cause ? » « J’étais dépassé psychologiquement, je ne trouvais pas l’issue. Il a fallu la garde à vue et l’incarcération pour comprendre. »"Intolérance à l’échec" « C’est en complète contradiction avec votre métier ? » s’étonne le juge. Pas de réponse du prévenu. L’expertise psychiatrique parle à sa place et elle n’est pas flatteuse : « Égocentrisme certain, sans auto culpabilisation, goût prononcé pour l’ordre, perfectionniste, psychorigide, intolérance à l’échec et à la frustration, personnalité paranoïaque… » Mais ni trouble psychique pouvant expliquer un passage à l’acte, ni dangerosité criminologique.


Le jeune papa réagit : « Je n’étais pas assez conscient de mon comportement. J’ai travaillé sur moi pendant cinq ans. J’ai changé mais je vais porter ça toute ma vie, après le procès… » L’avocate de l’UDAF demande 5.000 € de provision dans l’attente des préjudices subis par « ce petit ange sans défense ».


« On n’arrive pas à imaginer qu’un pompier puisse avoir des gestes aussi violents envers un nourrisson », tonne la procureure en requérant 2 ans de prison avec sursis et le retrait de l’autorité parentale.


"Jeunes parents démunis" Un « non-sens total » que cette décision pour l’avocat de Thomas, Me Philippe Gand, qui, s’appuyant sur la littérature médicale, a rappelé le contexte de jeunes parents démunis « face à l’arrivée d’un grand prématuré ».


Le jeune papa a été condamné à 2 ans de prison dont 18 mois avec sursis probatoire. Il sera suivi pendant deux ans par un juge d’application des peines et des éducateurs. Il a obligation de se soigner, de verser une provision de 5.000 € à son fils dans l’attente de la détermination de son préjudice, à sa majorité. Le tribunal a fait droit à la non-inscription au casier judiciaire de la condamnation demandée par le pompier.


Publié le 28/05/2021 à 06:25 | Mis à jour le 28/05/2021 à 15:07 © La Nouvelle République

 
 
 

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