Incendie volontaire à Châtellerault : la victime affirme qu'elle a entendu le cliquetis du briquet ©La Nouvelle République
- SCP GAND PASCOT
- Jun 4, 2021
- 2 min read

La deuxième journée du procès de l’incendiaire de Châtellerault devant la cour d’assisses a été marquée par la déposition de la principale victime. Verdict aujourd’hui.
En ce deuxième jour du procès de Mickaël B., accusé d’avoir volontairement mis le feu à son immeuble à Châtellerault, le 11 mai 2017, Karim E. est appelé à la barre en tant que partie civile. Il est tout noué, Karim, et il ne le cache pas. Pourtant, comme il le déclare spontanément, les tribunaux, il connaît : « J’en ai fait des bêtises quand j’étais jeune ! » L’avocat général confirme, dans une formule dont on appréciera l’élégance : « Vous n’êtes pas ce qu’on peut appeler la victime idéale. »
Idéal ou pas, Karim se rapproche tout de même pas mal de ce que l’on peut appeler un héros. C’est lui qui s’est précipité sur son voisin pour tenter de l’empêcher de mettre le feu à leur immeuble. Lui encore qui, arrosé d’essence, a pris feu. Lui enfin qui, malgré ses graves brûlures, a trouvé un tuyau d’arrosage et éteint l’incendie avant l’arrivée des pompiers.
L’accusé n’en démord pas : l’incendie était involontaire
Karim s’est porté partie civile. Pour obtenir réparation, pas pour crier vengeance. Il répète que Mickaël, son voisin et presque ami, avec qui il partageait alcool et cocaïne, ne voulait pas lui faire de mal : « Il avait une idée fixe, c’était flamber l’immeuble… J’ai pris feu. J’ai déjà réussi à pas mourir, c’est déjà pas mal. »
D’ailleurs Mickaël n’en voulait à personne dans l’immeuble du 29 de la rue de Verdun. Sauf peut-être au bruyant et, selon ses fantasmes, inquiétant voisin du dessus. Lequel voisin était paradoxalement le seul à ne pas se trouver dans l’immeuble au moment des faits.
L’autre moment fort de ce procès a été la nouvelle audition de l’accusé. En dépit des nombreuses perches tendues par la présidente, Mickaël B. est resté campé sur ses positions qu’on peut résumer ainsi : « J’ai renversé de l’essence pour faire peur à mon voisin. C’est grave. Mais je n’ai pas mis volontairement le feu. »
Il s’accroche à la thèse de la cigarette ou du joint tombé accidentellement dans l’essence répandue, thèse soufflée juste après l’incendie par le conciliant Karim, qui voulait lui éviter des ennuis. L’accusé n’en démordra pas, même s’il est avéré qu’il est pratiquement impossible d’enflammer de l’essence avec une cigarette. Même si Karim affirme aujourd’hui à la barre être certain d’avoir entendu le cliquetis d’un briquet.
L’après-midi d’hier a été principalement consacrée à la plaidoirie de la partie civile et au réquisitoire. Me Philippe Gand a rappelé que ses clients, Karim et sa mère, ne demandent pas de condamnation. Ils auraient juste voulu entendre la vérité de la bouche de Mickaël B. et, de leur point de vue, c’est raté.
Juste derrière, l’avocat général Mathieu Filié a à son tour regretté le refus de reconnaissance pleine et entière de l’accusé : « Tous ces mensonges n’aident pas pour savoir ce qu’on va faire de M. B. » La peine requise, cinq ans de prison dont trois ferme, est modérée mais signifierait un retour temporaire derrière les barreaux.
Aujourd’hui, les avocats de Mickaël B. vont avoir la charge difficile de plaider son acquittement pour les crimes qui lui sont reprochés, en proposant que les faits soient requalifiés en délits de dégradations ou de blessures involontaires. Le verdict sera rendu dans l’après-midi.
Publié le 04/06/2021 à 06:25 | Mis à jour le 04/06/2021 à 06:25 ©La Nouvelle République
Comments