Vienne : l’entraîneur a-t-il eu des rapports consentis avec sa cousine ? ©La Nouvelle République
- SCP GAND PASCOT
- May 21, 2021
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Les trois avocats des parties civiles : Frédérique Pascot, Sylvie Martin, Lee Takhedmit.
© Photo NR, article publié le 02/10/2020
Frédéric Berland, entraîneur et kinésithérapeute, a-t-il profité de son statut pour avoir des rapports sexuels avec sa cousine ? C’est le débat de la deuxième journée.
Frédéric Berland comparaît libre depuis mercredi devant la cour d’assises de Poitiers. Il est accusé de viols et d’agressions sexuelles respectivement sur sa cousine et deux jeunes athlètes de son club TriAthlé 86. Les trois victimes étaient mineures au moment des faits. Frédéric Berland a-t-il eu des rapports sexuels consentis avec sa cousine et pourquoi a-t-il eu des comportements inadaptés envers les deux très jeunes athlètes (-15 ans) de son club de triathlon ? C’est tout le débat posé lors de cette deuxième journée d’assises.
« Il était sur un corps mort »À la barre, devant une cour recueillie dans un silence de cathédrale, sa cousine raconte : « Il avait 30 ans, j’en avais 16. Ce sont des rapports non consentis. L’ambiance était pesante, il n’y avait pas de désir. Après les faits, je me suis sentie salie. Je cherchais à disparaître, il m’avait détruite. J’ai pensé au suicide. »
En pleurs, la victime interrompt son récit. Puis reprend : « J’ai dans ma mémoire trois relations. Je lui ai dit dans la balnéo que je ne voulais pas. C’est lui qui m’a écarté les jambes sur la table de massage. Je n’étais jamais active. J’ai vu mon esprit s’envoler. J’étais tétanisée, paralysée. Il était sur un corps mort. Je n’imaginais même pas que ce type de rapport pouvait exister (anal), j’avais 16 ans, je n’avais pas de petit copain. »
Frédéric Berland, interrogé, ne reconnaît pas le viol : «C’est tout le débat : consenti ou pas. » L’accusé a la mémoire sélective : «Je ne nie pas mais je ne me souviens pas d’être arrivé nu dans la balnéo. […] Je n’ai pas le sentiment d’avoir violé ma cousine. Je suis humain, je suis quelqu’un d’aimant. J’ai pu profiter de mon statut mais je ne l’ai pas abusé sexuellement. »
Reconnu dans le monde sportif, le kiné Berland bénéficie d’une excellente réputation professionnelle. Et les athlètes lui reconnaissent, comme sa cousine, d’être un excellent kiné. Son cabinet est un lieu de rendez-vous sexuel pour toutes ses conquêtes. Des conquêtes consenties qui viennent déposer à la barre : « Tout s’est bien passé avec lui, c’est un homme attentionné. » Sa nouvelle compagne, 30 ans aujourd’hui, avec qui il a eu une relation alors qu’elle avait 17 ans, raconte à la cour sa défloration : « Quand je lui ai dit que j’avais mal, il a arrêté. Il y a eu plusieurs premières fois. C’est quelqu’un de généreux, d’entier, d’attentionné. C’est un dragueur. »
Dragueur, tactile ? Une de ses anciennes collègues l’avait pourtant prévenu qu’il n’avait pas toujours la distance avec sa patientèle.
Les deux athlètes mineures (-15 ans) à l’époque témoignent de ce comportement anormal. «Il m’a prise sous son bras, passé la main sous mon soutien-gorge pour toucher ma poitrine, m’a envoyé des messages insistants. » « Il m’a embrassé sur la bouche à un feu rouge dans sa voiture en me demandant de fermer les yeux » pour l’autre. L’accusé admet les attouchements mais affirme que ce «n’était pas sexuel, une blague de potache ».
« Et lorsque vous touchez les seins de votre femme et l’embrassez sur la bouche, c’est potache », s’énerve l’avocate générale.
« Ce n’est pas pareil. »
Les experts – qui ont examiné l’accusé voilà quelques années déjà – se rejoignent sur sa personnalité. Le professeur Senon parle
d’un homme qui « a besoin d’une carapace en séduisant les femmes, pour prouver qu’il existe ». La mort de sa sœur cadette et de son père ont engendré chez Frédéric Berland une démarche de séduction en multipliant les conquêtes. « Mais il confond son propre désir avec celui de l’autre », relève l’expert.
Frédéric Berland ne présente pas d’anomalie mentale. À ces témoignages, l’accusé avance qu’il n’a « plus du tout le même rapport sur le respect de l’autre ».
Pour la partie civile, Me Frédérique Pascot, qui défend l’intérêt d’Emma (1), a rappelé à la cour de ne pas oublier les faits « pas plus, pas moins », « que rien n’autorise des actes à caractère sexuel sur des enfants ». Son confrère, Me Lee Takhedmit, conseil de la cousine, est venu dire « que tous les marqueurs étaient au rouge ». « La cousine n’est pas amoureuse, jamais elle n’a été d’accord. »
Me Sylvie Martin, dans les intérêts de Virginie (2), rappelle que sa cliente « a 12 ans dans le dossier ». Le conseil dépeint un homme qui sait ce qu’il a fait, « des choses très graves, qui ne se font pas ». Aujourd’hui,l’avocate générale et la défense s’exprimeront pour le dernier jour.
(1) et (2) prénoms d’emprunt.
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